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Bioéthique : les députés-médecins aux avant-postes – Libération

4 Oct , 2019  

En plein débat bioéthique, ils sont en première ligne: les députés-médecins restent nombreux à l’Assemblée, prolongeant une tradition héritée de la IIIe République, et sont en pointe sur les dossiers de santé, au risque de faire grincer quelques dents.

Fine moustache blanche, cravates colorées et goût pour la joute oratoire, le co-rapporteur et professeur de médecine Jean-Louis Touraine (LREM) a animé les discussions sur la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, avec ses amendements en faveur de la PMA post-mortem ou ouverte aux hommes trans – propositions rejetées par les députés.

Ce chercheur en immunologie est fils de médecins. Il a raflé en 2007 la 3e circonscription du Rhône à un confrère et «ami», le chirurgien Jean-Michel Dubernard (UMP devenue LR).

Les médecins omniprésents sur ce texte bioéthique ? «Ce débat ne doit être accaparé ni par les bioéthiciens, ni par les médecins, religieux ou autres philosophies», souligne le député à l’AFP. «C’est à la société française dans sa diversité» de s’en emparer.

Mais son expertise joue un rôle, comme celle d’un autre co-rapporteur immunologue, Jean-François Eliaou, ou sur le banc du gouvernement, de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, hématologue.

Avec les avocats, les médecins sont l’une des professions les plus représentées à l’Assemblée: 26 députés (4,5% de l’Assemblée), 19 hommes pour 7 femmes.

– Figure emblématique –

Le médecin est une figure emblématique dans l’hémicycle depuis l’âge d’or des députés hygiénistes de la IIIe République. Forts de leur notabilité locale et de leur connaissance des électeurs, de 1876 à 1914, les médecins obtenaient systématiquement entre 8 et 12,5% des sièges, une spécificité française, selon l’historien Jack D. Ellis.

«Le médecin était souvent le notable qui devenait maire du village, puis élu local jusqu’à député. Ce n’est plus le cas. Il y a une nouvelle génération et beaucoup plus d’infirmières (huit) dans notre groupe», explique Olivier Véran (LREM), neurologue.

Les «médecins de l’Assemblée» sont «partagés» sur la mesure sociétale de la PMA pour toutes, relève-t-il: la «couleur politique» prime.

Selon Jean-Louis Touraine, c’est sur le volet recherche du projet de loi que les parlementaires médecins sont «plus en avance» que les autres: «ils se rendent compte des bénéfices à tirer d’un progrès heureux, quand d’autres s’arc-boutent en disant ça nous inquiète ».

Le généticien Philippe Berta (MoDem) milite par exemple pour élargir le diagnostic pré-implantatoire (DPI) sur les embryons, afin de dépister une trisomie 21 notamment. Agnès Buzyn y est réticente.

Egalement réservé, Marc Delatte (LREM), «médecin de famille» qui a «soigné des trisomiques, beaucoup», a raconté son expérience en commission, des sanglots dans la voix.

 

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