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Des alcoologues vent debout contre le « lobby » du vin – La Croix

28 Août , 2018  

Depuis plusieurs semaines, des médecins de santé publique multiplient les tribunes pour dénoncer le poids de la filière viticole.
« Nous parlons avec les parlementaires. Ce n’est ni illégal, ni immoral », répond l’association Vin et société.

« Il faut arrêter les fantasmes. Non, les alcooliers ne viennent pas voir les parlementaires avec des valises remplies de billets. Et je ne connais pas un député qui va voter tel ou tel amendement simplement parce qu’il a été invité à déjeuner », assure Olivier Véran, député La République en marche (LREM) de l’Isère. « Cela étant, on ne peut nier que le vin a une place particulière en France, et que certains de mes collègues sont sensibles à ce que vivent les viticulteurs de leur circonscription », ajoute-t-il.

En 2015, alors député socialiste, Olivier Véran avait souhaité diversifier les messages sanitaires sur les bouteilles. Au lieu du seul « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé », il avait proposé deux messages : « Réduire sa consommation, c’est réduire les risques pour sa santé » ou « Pour être aidé ou s’informer, appelez Alcool info service ». Deux messages au final rejetés. « On a inventé une nouvelle pratique à l’Assemblée : “l’œno-législatisme”, qui consiste pour un député à citer le maximum de vignobles de sa circonscription tout en faisant leur promotion… », avait alors soupiré Olivier Véran.

Le groupe Vigne, vin et œnologie regroupe une centaine de députés à l’Assemblée

« Il est normal de rencontrer tout le monde. Mais ensuite, on fait la loi dans l’intérêt général », assure Marie-Christine Verdier-Jouclas, coprésidente (LREM) du groupe Vigne, vin et œnologie à l’Assemblée, qui regroupe plus d’une centaine de députés. « Le lobby de l’alcool est très puissant et n’hésite pas à déformer les faits scientifiques », assure le docteur Bernard Basset, vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie (Anpaa).

« À l’Élysée, on écoute beaucoup plus la filière viticole que les médecins », s’insurge le professeur Amine Benyamina, président de la Fédération française d’addictologie. Ces médecins affirment que c’est le poids de ce lobby qui a permis, ces dernières années, d’ouvrir des brèches dans la loi Evin. « Notamment en faisant voter en 2016 un amendement visant à faciliter communication sur le vin, via l’œnotourisme », affirme le professeur Michel Reynaud, président du fonds Actions addictions.

Les associations surveillent aussi étroitement l’action de la filière viticole pour s’opposer au projet du ministère de la santé d’agrandir le pictogramme « femme enceinte » sur les bouteilles d’alcool. L’Anpaa a ainsi noté que début 2017, l’association Vin et société avait écrit aux parlementaires pour les inciter à se mobiliser. Non sans efficacité, puisque 23 d’entre eux avaient interpellé le gouvernement via des questions orales, reprenant les mêmes arguments, parfois mot pour mot.

En ligne de mire, il y a donc cette très active association Vin et société. « En France, le mot de lobby a une connotation péjorative et réduit le débat à une opposition entre les” méchants alcooliers” et les “gentils médecins”. Arrêtons les caricatures », explique une représentante de l’association. « Nous représentons une filière qui est la deuxième activité économique exportatrice en France. Et nous parlons au nom de 500 000 acteurs du monde du vin et de la vigne. Alors, oui, nous parlons avec les parlementaires. Ce n’est ni illégal, ni immoral. Et nous assumons parfaitement le fait de défendre le concept de consommation responsable, loin des déclarations moralisatrices et hygiénistes de certains médecins. »

Emmanuel Macron, « fervent défenseur des intérêts du vin »

Mais pour les médecins, le comble a été, en mai 2017, l’arrivée à l’Élysée comme conseillère pour l’agriculture de l’ancienne déléguée générale de Vin et société. « C’est sous son impulsion qu’Emmanuel Macron est devenu ardent défenseur des intérêts du vin », affirme un médecin. « Mauvais procès. Il s’agit d’une personne qui s’est engagée très tôt dans la campagne du président et qui sait faire la part des choses », la défend Olivier Véran. Sans convaincre les médecins.

La ministre de la santé, Agnès Buzyn, n’est guère soutenue par l’Élysée quand elle répète que le vin est « un alcool comme les autres ». En mars dernier, deux jours avant le Salon de l’agriculture, le président Macron avait ainsi confié à la presse régionale. « Moi, je bois du vin le midi et le soir. Je crois beau­coup à la for­mule de (Georges) Pom­pi­dou :”N’em­mer­dez pas les Fran­çais”. » Une petite phrase que le « lobby » de la santé publique a toujours en travers du gosier.

 

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