Assemblée ancien ?, Un peu de politique

Déserts hospitaliers et dérives de l’intérim

10 Mai , 2013  

Le Parisien du jour consacre sa une et une double page au sujet que je traite comme parlementaire, celui des déserts médicaux hospitaliers et du recours à l’intérim médical.

A côté des déserts médicaux en médecine générale de ville, il est un autre sujet qui constitue un enjeu majeur en termes de continuité, de sécurité, de qualité des soins, mais aussi de coût pour la protection sociale : la démographie médicale hospitalière, le recours à l’intérim et ses dérives.

Si le nombre de médecins hospitaliers a augmenté en France, de plus en plus de postes sont vacants, notamment en anesthésie réanimation, en pédiatrie, aux urgences, jusqu’à 35% des postes en radiologie.

Désormais, tous les territoires et tous les types d’hôpitaux sont concernés.

Ces difficultés pèsent sur l’organisation et la qualité des soins hospitaliers en accroissant la charge de travail des équipes, quand il en reste. Face à ce phénomène qui s’amplifie, les hôpitaux font appel à des médecins intérimaires.

La loi de l’offre et de la demande et le manque de réglementation, ou de respect de celle-­ci, engendre un surcoût immense, une part croissante du budget de fonctionnement des hôpitaux. Les agences d’intérim facturent volontiers au delà de 1000 euros une journée de travail, jusqu’à 1500 euros une garde de 24h. Les hôpitaux sont obligés de céder à cette pression afin d’assurer la continuité des soins.

Je travaille depuis plusieurs semaines sur ce sujet aux enjeux sanitaires majeurs. Je souhaite désormais, par une large concertation, faire un état des lieux de l’intérim médical hospitalier, et m’interroger sur les mesures nécessaires pour d’une part réguler le recours à l’intérim, et d’autre part améliorer la démographie médicale dans les hôpitaux. La question de l’attractivité de l’hôpital pour les professionnels est notamment en jeu.

Sollicitée, la Fédération des Hôpitaux de France (FHF) a annoncé se saisir de ce dossier et sera pleinement associée à ce travail parlementaire.

 

Dépêche apm.

Le député socialiste Olivier Véran se penche sur les dérives de l’intérim médical à l’hôpital
PARIS, 10 mai 2013 (APM) – Le député socialiste Olivier Véran (Isère) va se pencher sur les dérives de l’intérim médical hospitalier.

Le député a annoncé, dans un communiqué, qu’il présenterait en septembre-octobre des propositions, qui pourraient aboutir à une proposition de loi.

“Je souhaite réaliser un état des lieux de l’intérim médical hospitalier et trouver des solutions pour en réguler le recours qui coûte très cher aux hôpitaux. Il faut améliorer la démographie médicale dans les hôpitaux”, a-t-il déclaré vendredi à l’APM.

“J’en ai parlé à mes collègues de la majorité et une dizaine de députés se sont dits intéressés pour travailler sur le sujet. Je ne sais pas encore quelle forme cela va prendre, une mission d’information ou un groupe de travail”, a-t-il ajouté.

Le député va donc mener des auditions et organiser des tables-rondes sur le sujet.

L’ampleur du recours à l’intérim médical pose de nombreux problèmes, régulièrement soulevés par les directeurs d’hôpital, les médecins et les présidents de commission médicale d’établissement (CME), souligne Olivier Véran. Le sujet avait notamment été abordé lors de la mission sur l’exercice médical à l’hôpital, menée en 2010-11 par Danielle Toupillier, dont Olivier Véran a fait partie.

Alors qu’un nombre croissant de postes sont non pourvus, particulièrement en réanimation, en médecine d’urgence, en pédiatrie, en radiologie et en psychiatrie, “les agences d’intérim font jouer la concurrence entre hôpitaux publics et font grimper les prix. Une journée d’intérim peut être facturée plus de 1.000 euros et jusqu’à 1.500 euros pour une garde de 24 heures”

Du point de vue de l’organisation, les médecins intérimaires ne sont pas intégrés dans les plannings de permanences des soins, ni dans le protocole de gestion du service et ces obligations restent donc à la charge des médecins permanents, ce qui peut être “source de démotivation”.

Ces difficultés pèsent aussi sur la qualité des soins hospitaliers, souligne-t-il. “Les médecins intérimaires sont parfois très bons mais ce n’est pas le cas de tous et cela pose des problèmes de sécurité des soins”, estime-t-il.

Olivier Véran a précisé que la Fédération hospitalière de France (FHF) serait “pleinement associée” à ce travail parlementaire.


5 réponses

  1. medtef dit :

    Au tant que praticien hospitalier, je pense que c’est urgent de s’en occuper. Les dérives qui existent dans le monde médical sont énormes et ce problème est entrain de gangrener la fonction publique. Les médecins qui exercent actuellement dans les hôpitaux sont à bout de force et si cette fuite vers l’intérim se poursuit il en sera un réel problème pour l’avenir de la médecine en France.

  2. gwaall dit :

    Le recours massif à l’intérim médical vient notamment du défaut d’attractivité des postes proposés. Il est facile de comprendre que les intérimaires constituent une part d’ajustement variable et occupent les postes dont personne ne veut. Ils se retrouvent fréquemment dans des situations ingérables, puisque pour réduire leur coût, les médecins intérimaires sont souvent contraints par l’administration de remplacer plusieurs postes à la fois. D’ailleurs de nombreux hôpitaux peinent à recruter des intérimaires pour de longues périodes : ils ne parviennent pas à les fidéliser, ne leur proposent pas de conditions favorables à leur installation définitive, n’utilisent même pas les moyens mis à leur disposition, se contentant de faire durer la situation !

  3. SERVAIS Gérard, directeur Centre Hospit VIENNE 38200 dit :

    en temps que directeur d’hôpital je peux témoigner des nombreuses difficultés et des nombreux abus dont les hôpitaux publics sont victimes face aux tarifs de l’intérim. J’ai dû payer des intérims de pédiatrie à 3000 euros les 24 heures. A votre disposition

  4. djiel dit :

    Je suis PH anesthésiste au 13 ème échelon chef de service non syndiqué ayant recours à l’intérim depuis 10 ans.Si les postes ne sont pas pourvus c’est qu’ils ne sont pas attractifs entre autre soit par les conditions de travail soit par la rémunération de base et des heures sup non reconnues.De nombreuses dérives existent des 2 cotes médecins mais aussi administrations hospitalières avec des gardes effectives traitées en astreintes et des médecins que l’on n’écoutent pas.Les prises de positions et l’interprétation des textes par la DGOS sont iniques et bafoue le droit européen du travail.
    Le statut de PH est également nul en terme d’évaluation du temps de travail et du travail en astreinte ne comptant pas en pénibilité sur la retraite et en terme de retraite tout cours.A 59 ans j’ai passé un quart de ma vie professionnelle en heure sup et je devrais prendre ma retraite à 67 ans sans aucune compensation.
    légiférer sur l’intérim sans s’attaquer aux problèmes de fond des statuts et conditions de travail avec les PH et leurs représentants ne servira à rien car si les remplaçants ne sont pas intéressés par les conditions ils ne viendront plus et le problème empirera ce qui accélérera la fuite des PH.
    Les boites d’intérim sont trop chères et les hôpitaux peuvent s’organiser pour recruter directement et fidéliser les remplaçants.
    Un mix bien négocié titulaires remplaçants ne revient pas plus cher voire moins bien que la quasi totalité des administrations pensent le contraire.( les remplaçants ne sont pas payés pendants leurs congés et leurs arrêts maladie éventuels)De plus ils sont vulnérables en cas d’incapacité de travail: tout cela se rémunère.
    Monsieur Servais si vous avez un besoin urgent de pédiatre et qu’on vous interdit de le payer plus que tant aurez vous ce pédiatre ?Ceci étant les circonstances vous amenant à rémunérer 3000 € sur 24h devaient être exceptionnelles

  5. laure dit :

    Monsieur le depute,
    il s agit la d une excellente initiative.
    L interim medical, comme en anesthesie reanimation, me semble le reflet du manque d attractivite des hopitaux publics, manque d atractivite en termes de salaire, conditions de travail (ah les periodes a 9 gardes sur place) et reconnaissance des praticiens, notamment dans le cadre de la recente loi HPST.
    En esperant que les conclusions de cette mission d évaluation ne finiront pas comme les conclusions du rapport Couty.
    Quelques mesurettes …
    Pour etre praticien a l hopital public, la notion de service public doit effacer toutes les autres considerations. Et nous n avons meme pas droit au statut de la fonction publique.
    Tres cordialement
    PH chef de service

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