Médias

“Gilets jaunes” : “Certains utilisent cet épisode pour prôner des discours haineux”, estime un député En marche – Le JDD

15 Nov , 2018  

Il n’ira pas à la rencontre des contestataires dans la rue samedi. Car le député En marche de l’Isère, Olivier Véran, estime qu’une grande majorité des “gilets jaunes” qui iront manifester appartient au camp de ceux qui sont “contre, avec un grand C, contre tout”. “Quand vous regardez le profil des gens, ce sont des Dupont-Aignan, des Marine Le Pen ou des Insoumis assez virulents”, déclare cet ancien socialiste, qui dit préférer “dépenser [son] énergie” auprès de ceux avec qui le dialogue est encore possible.

Dans la majorité, la ligne face aux “gilets jaunes” est “entendre et expliquer”. Est-ce aussi la vôtre?
C’est compliqué. Le trait commun entre les “gilets jaunes” est très dur à identifier. Je suis plus à l’aise face à un mouvement factuellement dirigé contre un texte de loi ou contre un événement particulier. Quand vous avez une manifestation contre la loi travail, vous le savez et vous pouvez discuter avec eux. Là, je suis interpellé par mails, sur les réseaux sociaux ou en circonscription, par des gens qui me disent qu’ils porteront un gilet jaune samedi pour des raisons totalement distinctes et parfois contradictoires les unes avec les autres. Il faut évidemment avoir de l’empathie vis-à-vis des gens qui vous disent qu’ils n’arrivent pas à s’en sortir. Personne ne vous dira autre chose. Et puis, vous avez ceux qui de toute façon attendent l’occasion d’allumer une mèche car ils sont contre, avec un grand C, contre tout. C’est ceux-là que je vois le plus s’exprimer dans le mouvement des “gilets jaunes”.

Le carburant n’est pas le message principal à vos yeux?
Il y en a qui parlent du carburant. J’ai discuté à l’hôpital avec une aide-soignante qui ne gagne pas assez d’argent pour pouvoir se loger à proximité du centre-ville et qui donc fait beaucoup de trajets. Son pouvoir d’achat est impacté. Avec certains, on arrive à discuter : je leur explique que 80% de la hausse du prix constaté à la pompe est lié au prix du baril du pétrole – qui en plus a fortement chuté ces derniers jours. Mais ça ne désamorce pas tout. Le carburant, c’est un peu l’étincelle pour des gens qui disent vouloir être aidé.

“Si vous prenez un groupe de 10 ‘gilets jaunes’, il y a de fortes chances pour qu’ils ne soient absolument pas d’accord les uns avec les autres”

A côté de ça, vous avez des gens qui sont vraiment énervés, de façon chronique. Mercredi, j’ai reçu une cinquantaine de tweets d’injures. Quand vous regardez le profil des gens, ce sont des Dupont-Aignan, des Marine Le Pen ou des Insoumis assez virulents. Quand ils vont commencer à discuter politique en marchant dans la rue, ils vont se rendre compte qu’ils n’ont pas tellement de points communs à part le fait de porter un gilet jaune. Le pompon pour moi [il est médecin et neurologue, NDLR] a été de recevoir un tract de mobilisation qui appelait à porter un gilet jaune samedi pour protester contre le fait d’injecter à nos enfants des vaccins, “11 maladies graves pour financer les labos”… Si vous prenez un groupe de 10 “gilets jaunes”, il y a de fortes chances pour qu’ils ne soient absolument pas d’accord les uns avec les autres sur leurs motifs de revendication.

Que dites-vous à ces “gilets jaunes” justement?
‘Attention à la récupération par des extrêmes politiques’. Il faut aussi être capable de le dire.  Il y a des gens qui utilisent clairement cet épisode pour prôner des discours haineux. Certains Français vont se retrouver, bien malgré eux, dans un mouvement dont on ne sait pas quelle sera finalement la tonalité principale. Ni quels seront les discours des leaders si certains émergent. Ils pourraient être alors associés de fait à des motifs de grogne qui ne sont pas les leurs, voire même auxquels ils sont opposés. Cela n’empêche pas d’avoir de l’empathie et de l’écoute pour des gens qui, loin de toute velléité de politiser les choses, vont profiter de cette journée pour faire passer des messages. Ce sont deux choses différentes.

Face à certains d’entre eux, vous dites ne plus avoir de patience…
80% au moins des messages que je reçois, ou des interpellations dont j’ai fait l’objet par des “gilets jaunes”, viennent de gens qui se revendiquent de la mouvance Dupont-Aignan, Marine Le Pen… Il y a des gens avec qui cela ne sert à rien de discuter! Dimanche, lors des commémorations, quelqu’un m’a littéralement sauté dessus en disant : ‘De toute façon, tout ce que vous faites, c’est pour vous mettre de l’argent dans les poches.’  Le discours tourne rapidement en rond. Face à des gens qui vous insultent d’emblée, je préfère utiliser mon énergie ailleurs.

“Des gens vont y aller avec de vraies velléités de mettre de la tension”

Serez-vous dans la rue samedi pour aller à la rencontre de ces “gilets jaunes”?
Non. Des gens vont y aller avec de vraies velléités de mettre de la tension. Ce n’est pas mon rôle de parlementaire. Mon rôle est d’écouter les gens, de parler avec ceux qui sollicitent des rencontres ; il n’est pas d’aller voir des gens qui de toute façon seront dans une position agressive. Je continue de me battre, d’y croire. Je suis résolu et déterminé. Maintenant, les gens qui ont basculé dans quelque chose qui relève de la détestation et qui ont des combats qui ne sont vraiment pas les miens – chacun a le droit d’avoir les combats qu’il veut -, je n’irai pas à leur rencontre samedi.

Sur le fond, le mouvement de samedi vous inquiète-t-il?
De façon générale, cela m’inquiète. Quand vous regardez l’élection de Bolsonaro au Brésil, de Salvini en Italie, d’Orban en Hongrie… On voit bien que c’est quelque chose qui doit tous nous mobiliser. Il ne faut surtout pas en arriver là. Je suis comme tout un chacun. Je regarde la situation dramatique qui s’est installée dans certains Etats, je vois qu’un pourcentage non-négligeable de Français qui ne seraient pas défavorables à un régime autoritaire… Je prends extrêmement au sérieux tous ces indicateurs. Des tentatives de mouvements extrêmement populistes, cela a toujours existé. La question est : quelle est l’ampleur que cela prend et son impact sur des personnes qui n’en sont pas issues mais qui aujourd’hui peuvent y prêter une oreille plus attentive? Il faut être extrêmement vigilant.

“Les Français ont du mal à croire dans la capacité du politique à changer leur vie dans le bon sens”

Le mouvement de samedi ne traduit-il pas une difficulté de communication sur la politique sociale menée par le gouvernement?
J’étais député socialiste [jusqu’en 2017 où il apporte son soutien à Emmanuel Macron, NDLR], je le dis sans rougir : la politique sociale menée par ce gouvernement est extrêmement forte et ambitieuse. Le plan pauvreté, le plan santé, le budget de la Sécurité sociale que nous avons adopté [il en était le rapporteur général l’année dernière, NDLR], la suppression du reste à charge sur les prothèses… Mais nous avons effectivement du mal à ce que cela imprime dans la population. Les gens n’ont pas le sentiment que nous menons une politique sociale ambitieuse.

Comment l’expliquez-vous?
Les Français ont du mal à croire dans la capacité du politique à changer leur vie dans le bon sens. Certes, nous devons être nettement meilleur dans la pédagogie, si le message n’imprime pas c’est évidemment de notre responsabilité. Mais il y a aussi une coresponsabilité des oppositions. Elles pourraient souligner les choses quand elles vont dans le bon sens et qu’elles auraient fait exactement la même chose si elles étaient à notre place… C’est dommage car cela ne nous tire pas vers le haut collectivement.

 

Lire l’article sur www.lejdd.fr

, , , , , , , , , , ,



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *