Un peu de politique

Hôpital public: état de santé.

2 Déc , 2012  

Au risque de me répéter, je ne peux commencer ce billet consacré à l’hôpital public sans émettre les plus vives réserves sur la manière dont les précédents gouvernements l’ont considéré.

L’hôpital entreprise n’était pas qu’un slogan, c’était bel et bien un objectif politique.

Besoin de preuves ?

Le budget de fonctionnement d’un hôpital a été en quelques années déterminé en fonction de sa seule activité, mesurée en chiffre d’affaire. L’idée était d’inciter les hôpitaux à entamer une restructuration, vers plus d’efficience. Mais la pression s’est faite croissante, la logique a été poussée toujours plus loin, et notre modèle hospitalier s’en est vu grandement affaiblit : suppression de lits, réduction du personnel en sont des symptômes très visibles. Et surtout, l’avènement d’une idéologie libérale jusque dans nos hôpitaux : celle du soigner plus pour gagner plus. Une véritable course à l’échalote a démarré, à tel point que des  dispositifs de contrôle  des établissements ont été mis au point pour éviter les fraudes. Un comble quand on parle d’hôpital.

Comme si cela ne suffisait pas, une épée de Damoclès pesait au dessus de l’hôpital déjà fragilisé : la convergence tarifaire. Si initialement les tarifs appliqués pour un acte réalisé à l’hôpital public tenaient compte de ses spécificités (enseignement, recherche, porte toujours ouverte, gratuité, etc.), la convergence tarifaire programmait que les tarifs du public et du privé s’équilibrent dans les 5 ans.

Autre exemple. L’application à l’hôpital public de l’idéologie de la gouvernance a atteint son paroxysme quand, lors d’un discours, Nicolas Sarkozy a appelé à mettre tous les « pouvoirs dans les mains d’un seul patron ». Le volet H (comme Hôpital) de la loi HPST l’a mis en œuvre. Ce fut d’ailleurs l’un des principaux points de tension avec les médecins hospitaliers (on se souvient de la manif’ des blouses blanches). Vraiment, le volet gouvernance hospitalière est à oublier. Vite.

Le dernier round aura été le pire sur un plan symbolique: la fin du service public hospitalier. Il n’est pas choquant de reconnaître à l’ensemble des établissements de santé la possibilité d’effectuer des missions de service public, et de les valoriser pour cela. Tous les professionnels de santé sont au service de leurs patients. Mais pourquoi retirer cette possibilité d’appeler un hôpital public un hôpital public ? Une étude récente a montré que 95% des médecins exerçant à l’hôpital revendiquent cette appellation et ce qu’elle désigne.

Lorsque je dis que les précédents gouvernements ont suivi une logique d’hôpital entreprise, ce n’est pas dans le but de caricaturer une politique de droite ultra libérale. Simplement faire le constat d’une logique qui n’est pas la mienne, ni celle des soignants qui travaillent à l’hôpital, ni évidemment celle des usagers du soin.

Car hôpital public (–) service public (–) tarifs publics (–) organisation publique (=) ?

Il faut donc du changement (et oui !). En l’occurrence, il ne se fait pas attendre. Dès ce Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) pour 2013, la convergence tarifaire est supprimée. La notion de service public hospitalier est restaurée. Le budget hospitalier est augmenté par rapport aux prévisions.

Sur d’autres sujets majeurs, il nous faudra agir dès les prochains mois.

Je pense notamment à l’évolution des carrières à l’hôpital.

Je pense également à l’évaluation des établissements de santé. Est il normal de laisser cette mission à des journaux qui ont recours à des auto-questionnaires ou des indicateurs strictement comptables, là où les usagers attendent une évaluation rigoureuse, objective, pour se faire soigner en confiance ? Je ne jette pas la pierre aux médias, qui se sont emparés d’un sujet totalement délaissé par la puissance publique. Mais il semble essentiel que nous répondions aux attentes des usagers.

Je pense encore aux difficultés qu’ont certains hôpitaux pour recruter des soignants, ou à la nécessaire mise en place d’équipes territoriales.

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