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« Les malades ont besoin de la légalisation du cannabis » – Le Dauphiné Libéré

23 Avr , 2019  

Quelle est votre position face à la légalisation du cannabis thérapeutique ?

« On a clairement besoin de cette légalisation pour les malades. Ce qui est assez ambivalent en France, c’est que les médecins ont le droit de prescrire du cannabis à usage médical, mais les patients ont l’obligation de se fournir en dehors du territoire. Ils risquent donc de se faire arrêter à la frontière.

« En tant que médecin, j’ai vu certains de mes patients “s’autoguérir” avec du cannabis, que ce soit pour des névralgies ou d’autres douleurs. On constate par exemple, que des malades qui sont sous morphine, cortisone et divers traitements lourds continuent de souffrir. Tandis que d’autres, qui utilisent du cannabis à usage médical, peuvent tout arrêter et se sentir bien mieux. Souvent, les personnes prennent des produits dix fois plus toxiques que le cannabis. Il s’agit de légaliser un accès vers la compassion pour ceux qui souffrent et pour lequel tous les experts sont favorables. »

Pensez-vous que la France est en retard sur le sujet ?

« Dix-sept pays de l’Union européenne ont déjà accepté la légalisation du cannabis à usage médical. Mais la France garde un regard assez fermé sur ce sujet. En fait, elle considère qu’une société sans drogue, c’est une société où on peut exister. Au niveau de la loi, c’est un unique décret qui n’autorise pas la production du cannabis et qui ne donne pas un accès direct aux feuilles et aux fleurs. La France admet l’utilisation de THC (la molécule présente dans le cannabis appartenant aux alcaloïdes) lorsqu’ils sont maîtrisés dans les laboratoires.

« Néanmoins, les esprits sont plus prêts aujourd’hui à accepter cette légalisation qu’ils ne l’étaient auparavant. J’ai donc organisé des auditions à l’Assemblée nationale sur le sujet. Édouard Philippe a ainsi déclaré qu’il “réfléchit à rendre la légalisation à usage médical possible”. Dès que j’en ai parlé à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, des travaux ont été lancés. Cet été, on pourrait peut-être commencer à prescrire. Je suis convaincu qu’on y arrivera pour ceux qui continuent de souffrir. »

Cette légalisation, ne serait-elle pas la porte ouverte à toutes les dérives ?

« Je ne vois pas en quoi la légalisation thérapeutique du cannabis ou du chanvre pourrait faire l’objet de dérives. On parle uniquement d’une molécule à usage médical. Le passage du cannabis à usage médical au cannabis récréatif n’est pas obligatoire.

« De surcroît, la plupart des patients ne fument pas. Ce sont des gens malades qui font extrêmement attention à leur santé. Ils vont plutôt l’utiliser sous forme d’huile, par exemple. Ma position en règle générale est de ne pas prendre parti dans ce débat sur le cannabis récréatif. Je ne fais que démontrer que, médicalement, ces plantes peuvent soulager des personnes qui sont malades. Après, on ignore, encore aujourd’hui, pourquoi ça marche. La légalisation du cannabis à usage médical serait donc une opportunité d’organiser un cadre expérimental grandeur nature. »

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