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Nutri-Score : la transparence nutritionnelle reste incomplète – Le Monde

6 Nov , 2019  

L’étiquetage nutritionnel est désormais apposé sur les produits de 200 marques en France. Mais l’épidémiologiste Serge Hercberg, qui l’a mis au point, et l’ancien directeur général de la santé Benoît Vallet plaident pour qu’il soit rendu obligatoire à l’échelle européenne.

Tribune. Il y a tout juste deux ans, le 31 octobre 2017, Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, signait, avec le ministre de l’agriculture et le secrétaire d’Etat à l’économie et aux finances, un arrêté choisissant le Nutri-Score comme logo destiné à être apposé sur la face avant des emballages des aliments, afin d’informer les consommateurs sur leur qualité nutritionnelle et orienter ainsi leurs choix vers des aliments plus favorables à la santé. Cet arrêté clôturait une saga épique de quatre années tout à fait emblématique de la difficulté à mettre en place une mesure de santé publique non obligatoire, lorsque des groupes de pression considèrent qu’elle peut nuire aux intérêts corporatistes de quelques puissants opérateurs économiques.

Qui aurait parié sur l’avenir du Nutri-Score (appelé à l’époque « logo 5 couleurs ») lorsqu’il avait été proposé, en janvier 2014, dans un rapport remis à la ministre de la santé d’alors, Marisol Touraine ? Les industriels prêts à s’engager en faveur du Nutri-Score se comptaient sur les doigts d’une main après l’annonce officielle des résultats, le 15 mars 2017, d’une étude en grandeur réelle qui portait sur près de 3 millions d’observations obtenues auprès de plus de 190 000 clients. Celle-ci démontrait de façon incontestable l’impact positif du logo sur la qualité nutritionnelle du panier alimentaire, confirmant de nombreux travaux scientifiques préalables. Ces premiers industriels rompaient avec la position défendue jusque-là par les associations nationales censées représenter les intérêts de l’ensemble des industriels de l’agroalimentaire (ANIA) ou de la grande distribution (FCD) !

200 marques l’ont adopté

Deux ans plus tard, ce sont plus de 200 marques qui, en France, ont adopté le Nutri-Score, apposé à ce jour sur plus de 5 400 produits du commerce et plus de 12 000 de l’e-commerce ! La Belgique (en avril 2018), puis l’Espagne (en novembre 2018) et plus récemment l’Allemagne (en septembre 2019) ont introduit officiellement le Nutri-Score… Curieuse inversion du paradigme : dans certains pays européens, dont les gouvernements n’ont pas encore fait le choix du Nutri-Score, des entreprises (parfois parmi celles qui l’avaient combattu pendant des années) ont pris la décision de l’afficher (aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Autriche, au Portugal, en Slovénie…). Là où il est mis en place, il est aujourd’hui plébiscité par les consommateurs : en France, ils sont 90 % à avoir un avis favorable et 40 % à avoir acheté un produit « nutriscoré » (contre 14 % il y a un an).

Aujourd’hui, on peut considérer que le Nutri-Score est une « success story » ayant surmonté les attaques des lobbys

Aujourd’hui affiché clairement dans le plan gouvernemental de santé publique, on peut considérer que le Nutri-Score est une success story ayant surmonté les attaques des lobbys. Différents facteurs y ont contribué : le dossier scientifique démontrant la validité et l’efficacité du Nutri-Score (et sa supériorité « en vie réelle » par rapport aux autres logos proposés par les groupes de pression) ; la volonté forte et constante du ministère de la santé qui, face à d’autres ministères ou à des parlementaires proches des opérateurs économiques, a dû jouer finement pour peser dans la décision gouvernementale ; la mobilisation citoyenne exprimée au travers de pétitions qui ont récolté des centaines de milliers de signatures, ainsi que les applications citoyennes comme Open Food Facts affichant le Nutri-Score avant même sa reconnaissance officielle et permettant de contourner le refus de certains industriels à l’instaurer ; l’engagement constant des associations de consommateurs, au niveau national et européen, et des industriels et distributeurs pionniers souhaitant répondre à la demande des consommateurs ; enfin, les médias, qui tout au long du processus ont informé sur le Nutri-Score et dénoncé les lobbys qui essayaient de le torpiller.

Initiative citoyenne

Success story donc, mais pas encore totale. Car si le déploiement du Nutri-Score avance en France et dans plusieurs pays européens, si de nombreux industriels et distributeurs ont fini par l’adopter, d’autres y sont toujours opposés, et notamment de grosses multinationales (telles Ferrero, Kellogg’s, Mars, Mondelez, Coca-Cola, PepsiCo, Unilever, Kraft, etc.).

Or, pour être réellement efficace, le Nutri-Score doit être affiché sur tous les aliments mis à la disposition des consommateurs. Du fait de la réglementation européenne actuelle sur l’information des consommateurs, les Etats membres n’ont pas la possibilité de rendre obligatoire l’apposition du Nutri-Score (ou tout autre logo d’information nutritionnelle) sur les emballages des aliments. Pour forcer les entreprises qui refusent encore de jouer la transparence, il faut donc modifier le règlement européen INCO.

En signant la pétition « Pro-Nutriscore », chaque citoyen/consommateur peut peser pour rendre cet étiquetage obligatoire

C’est la volonté du gouvernement français, comme l’a rappelé le premier ministre dans son discours de politique générale à l’Assemblée nationale en avril dernier. C’est également le sens de l’initiative citoyenne européenne « Pro-Nutriscore » lancée par sept associations de consommateurs. En signant la pétition sur le lien www.pronutriscore.org, chaque citoyen/consommateur peut peser sur la Commission européenne pour rendre cet étiquetage obligatoire dans toute l’Europe et faire que cette success story pour la santé publique soit complète !

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