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Olivier Véran (LREM): «La réforme des aides sociales n’est pas un débat budgétaire» – L’Opinion

10 Juin , 2018  

LES FAITS – Dimanche, Agnès Buzyn a réaffirmé dans le JDD qu’«il n’y aura pas de coupes budgétaires sur les plus pauvres» mais a laissé présager des révisions des critères d’attribution. La ministre de la Santé assure qu’au sein de l’exécutif, «il n’y a qu’une seule ligne : travailler à l’efficacité de nos politiques sociales», alors que les inquiétudes sur la réforme des aides sociales se multiplient. Le rapporteur de la Commission des affaires sociales, Olivier Véran, insiste lui aussi sur la nécessité de « rendre notre politique sociale plus efficace». Par ailleurs, le député LREM attribue les bons chiffres des comptes de la Sécu à la politique en faveur de l’emploi menée par le gouvernement.

Que faut-il penser du débat sur la baisse des aides sociales ? Nous sommes un peu perdus…

D’abord, expliquer le sens de la réforme des aides sociales, qui n’est pas un débat budgétaire ! Nous nous interrogeons sur la manière de rendre plus lisibles ces aides sociales. Par exemple, il y a actuellement 23 prestations familiales différentes, allouées en fonction des revenus de l’année n-2, d’autres en fonction des revenus de l’année n-1 et d’autres en fonction des revenus de l’année n… On s’y perd. La preuve en est un taux important de non-recours. Ensuite, comment rendre notre politique sociale plus efficace pour la population, avec en ligne de mire le retour à l’emploi ou à la formation professionnelle. Pensez seulement que la moitié des bénéficiaires du RSA n’ont toujours aucun accompagnement après 6 mois ! C’est cela, le sens de la réflexion.

Vont-elles être versées en une seule fois, comme l’avait annoncé Emmanuel Macron dans son programme ?

L’idée d’un versement unique et plus systématique des aides sociales était en effet inscrite dans le programme présidentiel. C’est un grand chantier dont la faisabilité est à l’étude.

Les comptes de la Sécurité sociale sont en voie de rétablissement. Peut-on mettre cette bonne performance au crédit du nouveau gouvernement ?

D’abord, les comptes de la Sécurité sociale restent en déficit, de 300 millions d’euros en 2018. Le trou de la Sécu n’est pas encore totalement rebouché, mais selon les prévisions de la Commission des comptes de la Sécu, nous savons que nous pourrons en parler au passé dès 2019. Depuis 2010, le déficit se réduit continuellement. On peut donc dire que c’est le résultat d’un travail collectif, même si ce sont avant tout les efforts demandés aux acteurs du sanitaire et du social, et plus globalement, aux Français. Mais les prévisions pour 2018, bien meilleures que prévues sont le reflet direct de l’efficacité de la politique économique imputable à l’actuel gouvernement. Enfin, n’oublions pas qu’il reste une dette sociale importante de plus de 100 milliards d’euros, qui devrait être définitivement absorbée en 2024.

La commission des comptes de la Sécu prévoit même des excédents, de 3,3 milliards d’euros en 2019 et de 7,7 milliards en 2020. Qu’allez-vous en faire ?

Je resterai vigilant pour que, si la Sécu est excédentaire, ces mêmes excédents soient réinjectés aux acteurs du champ de la protection sociale. Je pense notamment à l’hôpital, au grand âge et à la dépendance. Bien sûr, il pourrait y avoir des velléités de renflouer la dette de l’Etat. Mais je reste attaché à la séparation des budgets de l’Etat et de la Sécu.

Allez-vous desserrer l’étau autour de l’évolution des dépenses de santé pour 2019 ?

En réalité, chaque année nous augmentons le montant des dépenses de santé. Pour 2018, l’objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam) a été fixé en hausse à 2,3 %, dans la loi de financement de la Sécu, ce qui représente 4,4 milliards d’euros de dépenses nouvelles. Si nous maintenons ce rythme (+2,3 %) durant tout le quinquennat, ce sont, chaque année, près de 5 milliards d’euros de dépenses en plus pour la santé des Français. Le budget de la santé augmente, mais, il est vrai, moins fortement que la hausse tendancielle des dépenses, qui est plutôt autour de 4 %. Nous allons continuer à maîtriser cette hausse.

Pourriez-vous faire des efforts en faveur d’un secteur qui a beaucoup contribué à la maîtrise des dépenses de santé, l’industrie pharmaceutique ?

Le médicament est un secteur qui a fourni un effort substantiel depuis plusieurs années. Il faut trouver un nouveau mode de financement pour les innovations médicamenteuses. Il faut aussi modifier rapidement la façon dont sont évalués les médicaments innovants. Il faudrait que cela se concrétise dans le cadre du Conseil stratégique des industries de santé (CSIS) qui se tient en juillet sous l’égide du Premier ministre.

La ministre de la Santé est sur le point d’annoncer les principales mesures concernant les remboursements à 100 % des prothèses dentaires et auditives et des lunettes ? Est-ce une bonne nouvelle ?

La mise en œuvre de cette réforme promise par le président de la République ne m’appartient pas comme député, c’est la ministre de la Santé Agnès Buzyn qui porte ce dossier majeur, mais j’accueille avec enthousiasme cette ambition. C’est une très bonne chose de supprimer le reste à charge des Français sur ces trois postes, il conduisait à un renoncement important aux soins.

 

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