Assemblée ancien ?, Un peu de politique

Quand les conservateurs bafouent les droits des femmes

21 Déc , 2013  

Le gouvernement conservateur espagnol vient donc d’approuver un projet de loi limitant de façon drastique le droit à l’avortement. La réforme revient au système de 1985 et prévoit une autorisation d’avortement uniquement dans deux cas très précis:

  • Que l’avortement soit «nécessaire en raison d’un grave danger pour la vie ou la santé physique ou psychologique de la femme» ;
  • Que la grossesse soit «une conséquence d’un délit contre la liberté ou l’intégrité sexuelle de la femme».

En cas de viol, il faudra que la femme ait précédemment déposé plainte. Et il faudra un rapport de deux médecins différents pour que la malformation du foetus puisse être invoquée comme raison de l’IVG.

Pour moi qui suis né après la loi Veil de 1975, ce jusqu’au boutisme conservateur est anachronique. Et pourtant. Sommes nous, citoyens Français, vraiment au clair avec tout ceci ?

Le large débat qui a traversé la société française lui a fait acquérir la maturité nécessaire pour distinguer ce qui fait appel aux convictions intimes, qu’elles soient dictées par une éthique ou une croyance, et ce qui relève de la loi. L’IVG est devenue un droit. Huit femmes sur 10 seraient prêtes à se mobiliser si la pénalisation était à nouveau en question. Les citoyens français ont la maturité nécessaire.

Blâmer l’augmentation régulière du nombre d’IVG en France relève de l’incantation. Il faut une véritable politique de prévention des grossesses non désirées. Ces dernières années, une distinction s’était creusée entre le droit légal et le droit réel dans l’accès à l’IVG. La frange la plus conservatrice de la droite Française avait instillé le doute dans le débat public. On se souvient des remises en question du remboursement de l’IVG. On a constaté avant 2012 la réduction des subventions allouées aux associations participant à la prévention et à l’accompagnement des jeunes femmes. L’accessibilité à l’IVG devait être renforcée. Certaines structures étaient tellement engorgées que la sécurisation des parcours n’était plus assurée. Conséquence mesurable : le fort recours aux méthodes chirurgicales en France, une fois le délai permettant de bénéficier de l’IVG médicamenteuse dépassé. Depuis l’élection de François Hollande, des efforts importants ont été réalisés en matière d’éducation à la sexualité, mais aussi dans l’accessibilité à la contraception, désormais gratuite et anonyme pour les mineures. De même, la ministre de la santé a déjà fait voter et mettre en pratique le remboursement à l’IVG à 100%.

Nous avons un devoir de vigilance. L’exemple espagnol illustre une fois encore que rien n’est définitivement acquis. En particulier, il faut marteler qu’au delà de la question des libertés individuelles, il existe un enjeu sanitaire.

Chaque année dans le monde, 20 millions d’avortements clandestins sont pratiqués. Ils  sont à l’origine de nombreuses complications graves; la mortalité est notamment 500 fois supérieure à celle enregistrée dans les pays ayant légalisé l’IVG. Et ce sont 70 000 jeunes femmes qui en décèdent. Une femme qui veut (doit) avorter le fera, seules les conditions de réalisation et donc de sécurité et d’accompagnement varient.

Si la plupart des avortements clandestins sont réalisés dans des pays en voie de développement, certains pays voisins, comme l’Irlande, ont maintenu un cadre légal extrêmement rigide. Il n’existe pas de position commune à l’échelle européenne.

A l’instar de l’abolition de la peine de mort, et de la dépénalisation des relations homosexuelles, le droit à l’avortement a constitué une avancée majeure pour notre société. La France, pays boussole en matière des droits de l’homme, se doit de garder le cap. Pour plus de libertés, ailleurs dans le monde.

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