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Sept questions sur la hausse de l’obésité et du surpoids chez les jeunes en France – FranceInfo

29 Août , 2019  

Selon une enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, le nombre de cas d’obésité ou de surcharge pondérale est en hausse en France à cause notamment des inégalités sociales.

 

D’années en années, l’obésité gagne du terrain chez les jeunes Français. En 2001, environ 15 % des adolescents en classe de troisième étaient touchés par le surpoids, ils sont désormais plus de 18 %, dont 5 % d’obèses. Selon l’étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), ces cas de surcharge pondérale et d’obésité touchent plus les jeunes filles et sont en grande partie liée aux inégalités sociales. Les enfants d’ouvriers sont par exemple deux fois plus concernés que les enfants de cadres.

La malbouffe est-elle la seule cause à l’obésité ?

Manger trop gras, trop sucré, trop salé est évidemment l’une des causes de la surcharge pondérale. Cependant, le temps passé devant des écrans (souvent à grignoter) et l’absence de sport est tout autant à l’origine d’un surpoids.

Selon l’étude de la Drees, près des trois-quarts des adolescents passent plus de deux heures par jour devant un ordinateur ou un smartphone.Il faut lutter sérieusement contre ça, alerte Olivier Véran, député LREM de l’Isère. Parce qu’il y a des gamins qui vont avoir une perte de chances, on ne pourra pas le rattraper plus tard”. 

Même si près de sept collégiens sur dix déclarent pratiquer un sport, une forte disparité existe selon la catégorie sociale. Par exemple : 63 % des enfants d’ouvriers déclarent pratiquer une activité sportive en dehors de l’école, contre 84 % des enfants de cadres. Selon l’étude, ce sont d’ailleurs les jeunes issus de milieux modestes qui souffrent le plus d’obésité et de surpoids. “Les enfants d’ouvriers ont ainsi une probabilité deux fois supérieure à celle des enfants de cadres d’être en surcharge pondérale”,affirme l’enquête.

Est-ce que l’école doit s’emparer du problème ?

Selon l’étude, les enfants d’ouvriers, plus touchés par l’obésité, sont deux fois moins nombreux à prendre un petit déjeuner. “C’est pour ça aussi qu’on a mis des petits déjeuners gratuits à l’école dans les quartiers défavorisés”,explique Olivier Véran, député LREM de l’Isère.

Pour autant, des inégalités perdurent lors du repas du midi. Selon l’élu isérois, l’immense majorité des communes de moins de 10 000 habitants n’appliquent pas de tarif social pour les cantines. “Du coup, c’est sandwich, baguette de pain ou fast food, qui peuvent parfois coûter moins cher que les cantines”, affirme-t-il.“Testons même la gratuité de la restauration scolaire dans les écoles pour tous les enfants”, lance Alexandre Feltz, médecin et adjoint au maire de Strasbourg en charge de la Santé publique et environnementale. Selon lui, il faut “arriver à gommer ces éléments qui sont inacceptables dans une République qui se veut équitable et égalitaire”. 

Pour lutter contre le surpoids, l’école pourrait aussi dispenser des cours de nutrition. Ce type d’enseignement existe déjà “mais souvent ça se fait en dehors de la classe”, affirme Lysiane Gervais, proviseure en lycée dans l’académie de Bordeaux et secrétaire nationale du SNPDEN, le principal syndicat des chefs d’établissement. Aujourd’hui, la nutrition n’est pas concrètement au programme, c’est “relativement laissé à la discrétion des établissements des équipes et des choix qu’ils font”. Il faut aussi associer les parents, estime-t-elle pour faire évoluer les habitudes alimentaires. “Ils pensent parfois bien faire en donnant un jus d’orange très sucré à leurs enfants”.

La pratique sportive doit-elle être encouragée chez les jeunes ?  

On se souvient tous d’avoir été en cours de sport à l’école. Pour autant, cet enseignement n’endigue pas suffisamment l’obésité chez les jeunes. Le médecin Alexandre Feltz a plusieurs propositions pour accentuer l’effort physique des enfants et des adolescents. Le savoir-nager, le savoir-bouger, le savoir-pédaler sont des éléments majeurs, affirme-t-il à franceinfo. Quand on parle avec les malades, environ 70 % d’entre eux qui font partie du programme sport santé à Strasbourg ne savent pas faire de vélo ni nager. Et chez les ados c’est la même chose”, regrette-t-il.

Comme pour la malbouffe, les élèves issus de milieu modeste pratiquent nettement moins d’activité sportive que d’autres enfants venus d’un milieu plus favorisé. Alexandre Feltz plaide donc pour une solution radicale : il aimerait que l’école puisse par exemple fournir pour l’année un vélo à chaque élève ou que les élèves aient un accès gratuit aux piscines. Favoriser l’activité physique, c’est aussi éviter de déposer les écoliers devant la grille de l’école en voiture et préférer plutôt la marche à pied.

Est-ce une maladie ?

L’obésité ce n’est pas juste parce qu’on mange mal ou qu’on ne fait pas assez de sport mais “c’est un dérèglement du corps”, estime le docteur Guillaume Pourcher, chirurgien et responsable du centre de l’obésité à l’Institut Montsouris à Paris. Selon lui, il s’agit bien d’une maladie. Il convient, explique-t-il, de différencier surpoids et obésité que l’on peut observer selon la courbe de croissance qui se trouve dans le carnet de santé. “Le surpoids est un risque auquel on est tous soumis, lié à une alimentation déstructurée et à une manque d’activité physique. L’obésité est une situation différente, calculée à partir de l’indice de masse corporelle”. 

Si ce surpoids peut s’expliquer en partie chez certains par de mauvais comportements alimentaires, il existe aussi par le facteur génétique selon Olivier Véran, député LREM et médecin de formation. “Quoi que vous fassiez, il y a des enfants qui ont une sensibilité génétique au surpoids contre laquelle il est extrêmement difficile de lutter”, explique-t-il tout en plaidant pour optimiser la prévention sur cette maladie en France. Cependant, “il ne s’agit pas non plus de culpabiliser les enfants en surpoids ou leurs parents”, conclut-il.

Quels problèmes l’obésité favorise-t-elle ?

L’expansion de l’obésité en France est un problème sérieux pour le médecin Alexandre Feltz. “On est devant une épidémie de maladies chroniques”, affirme-t-il à franceinfo. Il prend l’exemple des quelques 20 millions de personnes en situation de maladies chroniques aujourd’hui en France, alors que “lorsqu’ils avaient 15 ans, l’obésité était plus faible en France. Or l’obésité est un facteur majeur de l’hypertension, des maladies cardiovasculaires ou encore du cancer“. 

Pour le responsable du centre de l’obésité à l’Institut Montsouris à Paris, l’obésité est désormais “l’un des grands fléaux de nos sociétés modernes”. Selon Guillaume Pourcher, cette étude est “alarmante” car une fois obèse, les enfants sont en situation de danger pour leur vie et leur santé.

Faut-il généraliser le Nutri-score ?

Pour lutter contre la malbouffe, la France a adopté en 2017 le Nutri-Score. Il s’agit d’un système d’étiquetage basé sur cinq lettres (A, B, C, D et E) et un code couleurs, du vert au rouge, selon la qualité nutritionnelle de l’aliment. Selon l’ancien ministre de l’Agriculture, Guillaume Garot, il faudrait généraliser ce dispositif à l’ensemble de l’Union européenne. “On sait très bien qu’il y a des distorsions de concurrence qui peuvent exister entre les produits français et les produits qui viennent d’autres pays”, affirme-t-il.

Le député LREM Olivier Véran est d’accord avec cette proposition car “la base de la prévention, c’est l’information”. Selon lui, les consommateurs actuellement ne sont pas assez informés sur ce qu’ils mangent. “Quand vous allez avoir cinq plats préparés à choisir, il y en a un qui va être classé E et l’autre A, en fonction du taux de graisses saturées, du taux de sel. Vous n’avez pas cette information”. Le Nutri-Score permettrait de choisir en connaissance de cause, et selon lui, les prix des aliments sont identiques entre un produit d’une gamme A et d’une gamme E.

Comment en parler avec les adolescents ?

Détecter l’obésité chez un enfant n’est pas toujours évident, il faut se référer à la courbe de poids qui se trouve dans le carnet de santé, relève Caroline Méret, diététicienne au CHU de Rouen. “Chez les adolescents, c’est plus visuel, poursuit la coordinatrice du Centre spécialisé de l’obésité Haute-Normandie, mais ils auront plus de mal à en parler. Il y a vraiment un aspect psychologique de la maladie à prendre en compte avec un regard de l’autre qui est très pesant chez l’adolescent”. Elle explique notamment que ces ados sont souvent victimes de moqueries ou d’harcèlement à l’école.

Si les infirmières scolaires peuvent prendre en charge ou détecter le mal être de certains jeunes à cause de leur surpoids, Caroline Méret conseille également de se rapprocher d’un des 37 centres spécialisés contre l’obésité pour connaitre les prises en charge possible.

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