Actualité, Un peu de politique

Vers des ceintures de chasteté morale dans nos lycées? Ma réponse à Anne Lorne

12 Juil , 2016  

“Je me battrai pour que dans nos lycées les jeunes apprennent à aimer et à gérer leurs émotions avant qu’ils apprennent à jouir” écrit Anne Lorne, conseillère régionale LR sur son blog, pour justifier son opposition au pass contraception.

De quoi s’agit-il?

Le Pass contraception ouvre droit à une consultation gratuite et anonyme chez un médecin ou une sage-femme en vue d’obtenir un moyen de contraception ou des analyses de dépistage d’une infection sexuellement transmissible. Eviter la transmission des IST et éviter les grossesses précoces non désirées, voilà les objectifs.

Je considère le pass comme un outil, parmi d’autres, intéressant au service de la santé sexuelle, dont il convient de renforcer la portée pour couvrir davantage de jeunes (d’après le planning familial, ce sont tout de même 20 à 30 000 jeunes concernés actuellement). D’autres considèrent, et ils en ont le droit, que le pass n’est pas un dispositif efficace et qu’il faut le remplacer par un autre dispositif plus inclusif.

Et puis… et puis, il y a des élus qui s’opposent au principe même du pass contraception. Ce sont des élus FN d’abord, qui, en commission santé famille à la région ont à plusieurs reprises marqué leur désaccord de fond. Et c’est aussi Anne Lorne, conseillère LR dans l’équipe de Laurent Wauquiez, très impliquée dans le mouvement Sens Commun issu de la manif pour tous.

Sur son blog, Anne Lorne profite de la polémique autour du pass pour nous livrer une vision sectaire de la sexualité, rétrograde, qui ne reconnait pas la possibilité pour des jeunes femmes et hommes de pouvoir disposer de leur corps. Lien –> http://www.annelorne.fr/2016/07/08/carte-jeune-auvergne-rhone-alpes/

Elle explique son opposition ferme à tout pass contraception au nom « de la liberté et de la responsabilité ». Côté liberté, il s’agit là de « la liberté éducative des parents », que « viole » le pass contraception (on appréciera au passage le choix des mots). Suit un plaidoyer pour la prévention. Mais de quelle prévention s’agit-il ? S’agit-il de prévenir les comportements sexuels à risque ? D’apprendre à choisir entre les différentes méthodes de contraception ? D’apprendre aux jeunes à respecter le corps de l’autre ? De donner aux jeunes les clefs pour vivre une sexualité épanouie ?

Ou s’agit-il de prévenir toute forme de sexualité ? Peu de place au doute en déroulant le texte : « je me battrai pour que dans nos lycées les jeunes apprennent à aimer et à gérer leurs émotions avant qu’ils apprennent à jouir » (sic). Et ce combat pour « que le corps humain ne soit plus malmené » (mais quelle vision de la sexualité !) doit en premier lieu se livrer en famille.

Mais que voilà une vision patriarcale de la société ! Une jeune femme appartiendrait d’abord à ses parents avant que d’appartenir à son conjoint. Il reviendrait aux parents d’autoriser le moment venu ses enfants à connaitre la sexualité.

Anne Lorne mélange deux choses : l’apprentissage du respect de son corps et celui de l’autre, qui relève d’une politique globale d’éducation sexuelle ; et accès à une contraception facilité pour des jeunes parfois éloignés des dispositifs classiques pour des raisons familiales, financières ou autres, et qui vivent une sexualité qui peut être tout à fait épanouie.

Conseiller régional, j’aimerais qu’un débat puisse se tenir rapidement autour du rôle de la région dans les politiques de santé sexuelle, afin de lever toute ambiguïté. L’inquiétude est forte : abordant la sécurité dans les lycées, Laurent Wauquiez avait vite fait le choix incohérent et inapplicable de portiques de sécurité. Je ne voudrais pas qu’on puisse laisser croire que des ceintures de chasteté morale pourraient répondre aux enjeux de la lutte contre les grossesses non désirées et les infections sexuellement transmissibles.


2 réponses

  1. Boudzi dit :

    “Sur son blog, Anne Lorne profite de la polémique autour du pass pour nous livrer une vision sectaire de la sexualité, rétrograde, qui ne reconnait pas la possibilité pour des jeunes femmes et hommes de pouvoir disposer de leur corps…”

    Elle parle d’éducation… Mais selon votre prose, on ne pourrait pas contre-indiquer ou interdire à un enfant de mettre les doigts dans une prise, puisque ça sera apparemment contraire au principe de la libre disposition de son corps.

    Vous me direz : “Je ne parle pas d’enfants, mais de jeunes adultes.” Et alors ? Arrête-t-on d’apprendre par voie éducative le jour de sa majorité ?

    • Apolline21 dit :

      A Boudzi : Intéressante aussi, votre vision de la sexualité !! Ce serait donc un danger dont il faudrait préserver les jeunes ?
      Danielle Bousquet, présidente du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, l’a rappelé récemment : la sexualité fait partie intégrante de la personnalité, et l’éducation à la sexualité est un droit fondamental qui doit être garanti à chaque jeune.

Les commentaires sont fermés.